par CFB STUDIO
Par Owen Mukendi - 10 min de lecture
Les cheveux bouclés, frisés et crépus sont de plus en plus visibles dans les salons, les formations et les marques capillaires. Mais cet intérêt grandissant correspond-il à une simple tendance ou à une véritable évolution du métier de coiffeuse ?
Aujourd'hui, il suffit de passer quelques minutes sur les réseaux sociaux pour découvrir des vidéos de Silk Press, de définition de boucles, de soins profonds ou encore de coiffures protectrices.
De plus en plus de professionnelles souhaitent apprendre à travailler les cheveux texturés. Certaines veulent élargir leurs prestations, d'autres envisagent de se lancer dans la coiffure ou de se spécialiser.
Et je trouve cela encourageant.
Mais une question mérite d'être posée :
Est-ce que les cheveux texturés sont devenus une tendance, ou est-ce simplement notre manière de les considérer qui est en train de changer ?
Parce qu'en réalité, ces cheveux n'ont rien de nouveau.
Ils ont toujours existé, ils concernent une grande diversité de personnes et ils ont toujours nécessité des connaissances adaptées.
Ce qui change aujourd'hui, c'est leur visibilité, l'intérêt économique qu'ils suscitent et, progressivement, la place qu'on leur accorde dans l'apprentissage de la coiffure.
1. Les cheveux texturés ne sont pas une nouveauté
Avant de parler de marché ou de formation, revenons à une question essentielle : qu'appelle-t-on réellement des cheveux texturés ?
Dans le langage courant de la coiffure, ce terme désigne généralement les cheveux naturellement ondulés, bouclés, frisés et crépus.
Il ne s'agit pas d'une catégorie scientifique unique, mais d'une manière de regrouper différentes formes de cheveux.
Ces textures sont présentes dans des populations d'origines très diverses. Elles ne sont donc pas exclusivement associées à une couleur de peau ou à une origine ethnique.
Cela paraît évident, mais cette précision est importante.
Lorsqu'on parle de coiffure sur cheveux texturés, on pense encore souvent uniquement aux cheveux crépus.
Pourtant, une cliente aux cheveux ondulés et une cliente aux cheveux très crépus peuvent toutes les deux rencontrer des difficultés à trouver une routine ou une prestation adaptée.
Leurs besoins ne seront pas nécessairement identiques, mais ils méritent la même attention professionnelle.
Les cheveux texturés ne représentent pas une petite catégorie de cheveux à part. Ils font partie de la diversité capillaire que les coiffeuses peuvent rencontrer au quotidien.
Et cette diversité ne se limite pas à la forme visible du cheveu.
Deux clientes présentant des boucles similaires peuvent avoir des densités, des diamètres de fibres, des états capillaires et des habitudes complètement différents.
C'est pourquoi apprendre à travailler les cheveux texturés ne consiste pas simplement à mémoriser une classification de boucles.
Il faut comprendre ce que l'on observe et savoir en tenir compte dans ses choix techniques.
2. Pourquoi leur prise en charge a-t-elle longtemps été insuffisamment enseignée ?
Pendant longtemps, l'enseignement de la coiffure n'a pas toujours accordé une place suffisante à la diversité des textures capillaires.
En France, les référentiels des diplômes de coiffure prévoient des compétences générales concernant l'analyse du cheveu, les soins et les techniques de coiffage.
Mais il faut distinguer ce qui figure dans un programme de ce qui est réellement pratiqué pendant une formation.
Une élève peut apprendre les bases du shampoing, du brushing ou de la coupe sans avoir suffisamment d'occasions de travailler sur des cheveux très frisés ou crépus.
Résultat : certaines professionnelles obtiennent leur diplôme sans se sentir suffisamment préparées à prendre en charge toutes les textures.
Cela ne remet pas en cause leur formation dans son ensemble.
Cela montre simplement que certaines compétences demandent un apprentissage complémentaire.
D'ailleurs, la France a déjà reconnu l'intérêt de développer des compétences spécifiques dans ce domaine.
France compétences a notamment enregistré une certification consacrée aux techniques de coiffure sur cheveux bouclés à crépus, comprenant le diagnostic, les soins, le démêlage et différentes techniques de coiffage.
Cette évolution montre que les besoins de formation existent et qu'ils sont progressivement mieux pris en compte.
Mais ce qui m'intéresse surtout, c'est ce que cela signifie pour les coiffeuses : ne pas avoir appris à travailler une texture ne veut pas dire qu'on est incapable de le faire.
Cela signifie qu'il faut acquérir les connaissances et les gestes nécessaires.
Et c'est possible.
3. Aux États-Unis, la formation sur les cheveux texturés devient une obligation dans certains États
Cette évolution dépasse les frontières françaises.
Aux États-Unis, plusieurs États ont engagé des changements pour mieux intégrer les cheveux texturés dans les formations professionnelles.
C'est notamment le cas de l'État de New York.
Depuis le 1er septembre 2026, les programmes de formation en cosmétologie et en coiffage des cheveux naturels y ont été modifiés pour mieux intégrer la diversité des textures capillaires.
Cette évolution s'inscrit dans une volonté de préparer les futures professionnelles à travailler sur différents types de cheveux.
Il ne s'agit pas d'une obligation identique dans tous les États-Unis, puisque les règles de formation et d'accès au métier varient selon les États.
Mais cette décision est révélatrice d'un changement de regard.
Pendant longtemps, la maîtrise des cheveux texturés a souvent été considérée comme une spécialisation supplémentaire.
Aujourd'hui, certains systèmes de formation reconnaissent davantage la nécessité d'intégrer cette diversité dans l'apprentissage initial.
Et cela me semble être une évolution importante. Car une coiffeuse peut être amenée à recevoir des clientes aux cheveux raides, ondulés, bouclés, frisés ou crépus.
Pourquoi certaines de ces textures devraient-elles être considérées comme normales à apprendre, et d'autres comme des compétences exceptionnelles ?
La question mérite d'être posée.
4. Ce que dit la science : la texture ne détermine pas à elle seule les besoins du cheveu
Pour comprendre pourquoi un véritable apprentissage est nécessaire, il faut revenir à la fibre capillaire.
La forme naturelle du cheveu est notamment liée à la géométrie du follicule pileux et à l'organisation de la fibre pendant sa formation.
Les cheveux peuvent présenter des courbures plus ou moins importantes, allant de l'ondulation à des boucles très serrées.
Ces différences de forme influencent leur comportement mécanique, leur manière de s'emmêler et leur réaction à certaines manipulations.
Par exemple, les courbures prononcées peuvent créer des zones de contraintes mécaniques lors du démêlage ou du coiffage.
Mais il serait incorrect d'en conclure que tous les cheveux crépus sont systématiquement fragiles ou que tous les cheveux bouclés sont secs.
L'état du cheveu dépend de plusieurs facteurs : son histoire, les traitements qu'il a subis, son exposition à la chaleur, les manipulations répétées et les caractéristiques individuelles de la fibre.
C'est précisément pour cette raison qu'une prestation ne peut pas être déterminée uniquement à partir d'une typologie capillaire.
Prenons deux clientes ayant des cheveux très frisés.
La première utilise régulièrement un lisseur et présente des longueurs fragilisées.
La seconde porte principalement ses cheveux naturels et présente peu de signes de dégradation sur les longueurs.
Même si leurs textures se ressemblent, leur prise en charge peut être différente.
Le choix des produits, les manipulations, la température de coiffage et les précautions à prendre doivent être réfléchis en fonction de leur état capillaire.
La texture donne une information. Elle ne remplace pas le diagnostic.
Voilà pourquoi la coiffure sur cheveux texturés ne peut pas se résumer à quelques techniques populaires vues sur les réseaux sociaux.
5. Ce que j'observe au salon : savoir reproduire une technique ne suffit pas
Au fil de mon expérience, j'ai compris qu'il existait une différence importante entre savoir réaliser une coiffure et comprendre ce que l'on fait.
On peut obtenir une coiffure visuellement réussi sans avoir nécessairement maîtrisé toutes les étapes du processus.
On peut appliquer un soin sans avoir réellement identifié les besoins de la chevelure.
On peut également reproduire une technique de démêlage sans comprendre pourquoi elle fonctionne sur une cliente et pas sur une autre.
Et c'est là que se situe, selon moi, l'une des difficultés rencontrées par les coiffeuses débutantes.
Beaucoup apprennent en observant.
Elles regardent des vidéos, reproduisent des gestes, testent des produits et développent progressivement leur pratique.
C'est souvent une première étape utile.
Mais reproduire une technique ne permet pas toujours de comprendre comment l'adapter.
Que faire lorsque les cheveux réagissent différemment de ce que tu avais prévu ?
Comment choisir entre deux produits ?
À quel moment faut-il modifier son protocole ?
Et surtout, comment savoir si la technique que tu réalises respecte réellement l'état des cheveux de ta cliente ?
Ces questions demandent autre chose que de la reproduction.
Elles demandent des connaissances, de l'observation et du raisonnement.
C'est cette transition, entre reproduire des gestes et comprendre ses décisions, qui permet de développer une véritable maîtrise professionnelle.
6. Peut-on apprendre à coiffer les cheveux texturés, quelle que soit sa propre texture de cheveux ?
Oui.
Et je pense qu'il est important de le rappeler.
Il existe encore des idées reçues selon lesquelles seules les personnes ayant elles-mêmes des cheveux crépus ou frisés seraient capables de les coiffer correctement.
Pourtant, avoir des cheveux texturés ne signifie pas automatiquement savoir réaliser un diagnostic, choisir un protocole ou maîtriser les techniques professionnelles.
À l'inverse, avoir les cheveux naturellement raides ne constitue pas une incapacité technique.
L'expérience personnelle peut apporter une familiarité avec certaines textures et certaines pratiques.
Elle peut aussi contribuer à une meilleure compréhension des habitudes, des attentes et des dimensions culturelles liées aux cheveux.
Mais elle ne remplace pas une formation.
Une coiffeuse qui souhaite travailler les cheveux texturés doit apprendre à reconnaître leurs caractéristiques, à comprendre leurs besoins et à adapter ses techniques.
Cela demande du temps et de la pratique, mais ce savoir-faire reste accessible.
Il faut toutefois distinguer l'accès à l'apprentissage et le droit d'exercer professionnellement : en France, certaines activités de coiffure sont réglementées et nécessitent une qualification professionnelle ou une supervision répondant aux conditions légales.
La couleur de peau ou la texture de tes propres cheveux ne détermine pas ta capacité à apprendre. Ce sont les compétences que tu développes qui font la différence.
7. Un marché porteur, mais une opportunité qui demande des compétences
L'intérêt grandissant pour les cheveux texturés s'accompagne aussi d'une évolution économique.
De nouvelles marques apparaissent, les gammes capillaires se diversifient et certaines prestations gagnent en visibilité.
Le Silk Press, les soins adaptés aux boucles, les coiffages naturels ou les techniques de définition font désormais partie des services recherchés par différentes clientèles.
Le développement de formations spécialisées et de certifications témoigne également de l'intérêt professionnel pour ce domaine.
Mais attention à ne pas confondre popularité et rentabilité.
Un marché en développement ne garantit pas automatiquement qu'une activité sera rentable.
La demande varie selon la localisation, la clientèle, les prestations proposées et la concurrence.
Pour une coiffeuse, l'opportunité ne réside donc pas uniquement dans le fait de proposer des prestations populaires.
Elle réside surtout dans sa capacité à répondre à des besoins parfois insuffisamment pris en charge.
Une cliente qui cherche une professionnelle capable de comprendre ses cheveux ne recherche pas nécessairement une technique spectaculaire.
Elle veut pouvoir confier ses cheveux à quelqu'un qui sait les observer, les manipuler avec précaution et lui expliquer les choix réalisés.
C'est cette qualité de prise en charge qui peut contribuer à construire une clientèle fidèle.
Une prestation tendance peut attirer l'attention. Une compétence maîtrisée permet de construire la confiance.
8. Ce que cela change dans ta pratique : comment commencer à apprendre ?
Si tu souhaites te lancer dans la coiffure sur cheveux texturés, ou si tu pratiques déjà sans toujours comprendre tes choix techniques, mon conseil serait de ne pas commencer par vouloir maîtriser toutes les coiffures.
Commence par les fondamentaux.
Apprends à observer avant d'agir
Avant de réaliser une prestation, prends le temps de questionner ta cliente, de comprendre ses habitudes et d'observer l'état de ses cheveux.
Une bonne prise en charge commence par la collecte d'informations utiles.
Comprends les produits et les techniques
Ne choisis pas un shampoing ou un soin uniquement parce qu'il est présenté comme adapté aux cheveux crépus.
Cherche à comprendre sa fonction, les besoins auxquels il répond et les raisons de son utilisation.
Applique le même raisonnement au démêlage, au séchage et au coiffage.
Apprends à adapter tes gestes
Deux clientes ayant une texture similaire ne nécessitent pas toujours le même protocole.
Savoir adapter une technique est une compétence qui se développe avec les connaissances, l'entraînement et l'observation des résultats.
Accepte de progresser étape par étape
Tu n'as pas besoin de maîtriser toutes les techniques dès le début.
En revanche, tu dois être capable de reconnaître les limites de tes compétences et de ne pas réaliser une prestation lorsque tu ne peux pas garantir des conditions de travail adaptées.
Se professionnaliser, ce n'est pas prétendre tout savoir.
C'est savoir ce que l'on maîtrise, identifier ce qu'il reste à apprendre et continuer à développer ses compétences.
Les cheveux texturés ne sont pas une tendance passagère.
Ils font partie de la diversité capillaire et concernent une clientèle importante, aux besoins variés.
Si leur prise en charge n'a pas toujours occupé une place suffisante dans l'enseignement de la coiffure, les évolutions de la formation montrent qu'une meilleure reconnaissance de ces compétences est possible.
Le développement du marché représente également des perspectives intéressantes pour les professionnelles.
Mais la véritable opportunité ne consiste pas simplement à apprendre une prestation populaire.
Elle consiste à développer un savoir-faire fondé sur la compréhension du cheveu, la maîtrise technique et l'adaptation aux besoins de chaque cliente.
Que tu sois autodidacte ou diplômée, que tu aies les cheveux raides, bouclés ou crépus, tu peux apprendre à travailler les cheveux texturés.
Tu n'as pas besoin de tout savoir pour commencer. Mais tu dois apprendre à comprendre ce que tu fais pour progresser.
Pour aller plus loin
Tu pratiques déjà la coiffure, mais tu as parfois du mal à savoir quel soin choisir, comment adapter ton protocole ou quelles informations observer avant une prestation ?
Le diagnostic capillaire est l'une des premières bases à maîtriser.
J'ai créé un guide gratuit pour t'aider à comprendre les étapes essentielles d'un diagnostic capillaire sur cheveux texturés et commencer à prendre des décisions plus réfléchies.
Télécharge gratuitement le guide : Les bases du diagnostic des cheveux texturés.
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